mardi 18 août 2026

Souveraineté énergétique, transition et territoires : synthèse critique et constructive

Introduction

La transition énergétique en France suscite de nombreux débats, souvent polarisés entre défenseurs du nucléaire et partisans des énergies renouvelables (ENR). À travers l’analyse du sommaire du provocateur numéro 29 de « Transitions & Énergies » et notre approche d’Énergies Coopéractives, par cet article nous proposons une synthèse critique et constructive, intégrant les enjeux de souveraineté, les risques de spéculation, la complémentarité des solutions et la place des territoires.

1. Souveraineté énergétique et débat sur le nucléaire

Dans son numéro 29  « Transitions & Énergies » met en avant la souveraineté énergétique comme une urgence pour la France, souvent associée à la filière nucléaire. Les titres du sommaire, tels que « Souveraineté énergétique, une urgence pour la renaissance de la France ! » ou « La Commission européenne peut-elle renoncer à saboter le nucléaire français ? », traduisent une vision où le nucléaire est perçu comme le socle de l’indépendance nationale. Les partisans des ENR et les mouvements écologistes sont désignés comme des « ennemis de l’intérieur », accusés de freiner le développement du nucléaire, voire de « saboter » la stratégie énergétique nationale. Cette polarisation du débat nuit à la recherche de solutions équilibrées et concertées.

 2. Complémentarité entre nucléaire et énergies renouvelables

Face à cette vision centralisée, l’approche d’Énergies Coopéractives défend la complémentarité entre nucléaire et ENR. Le nucléaire reste un atout pour la production de puissance industrielle et la stabilité du réseau, mais les ENR, portées par des dynamiques citoyennes et territoriales, sont essentielles pour couvrir les besoins domestiques et renforcer l’autonomie locale. Chaque territoire dispose d’un potentiel énergétique propre (solaire, éolien, biomasse, etc.) qu’il convient de valoriser. Cette approche favorise l’implication des acteurs locaux, la création de valeur ajoutée sur place et une gouvernance démocratique de l’énergie.

 3. Deux besoins énergétiques distincts

Dans la perspective de l’électrification des usages et de leur prise en compte dans la tarification du service d’alimentation électrique,  la transition énergétique doit répondre à deux types de besoins :

  • Production domestique (vivrière) : Largement couverte par les ENR et gérée localement, elle vise à satisfaire les besoins quotidiens des habitants en complément des productions « historiques » hydrauliques et nucléaires en protégeant la tarification de la spéculation du marché. Optimiser l’autoconsommation concours au bénéfique « effacement » pour l’équilibre du réseau. 
  • Production de puissance industrielle : Centralisée et pilotable  grâce aux centrales hydrauliques et nucléaires, elle garantit la sécurité d’approvisionnement pour les usages industriels et la stabilité du réseau. Les appels aux fortes puissances et le coût du renforcement des lignes engendré y sera affecté.

Cette distinction permet d’optimiser les ressources locales tout en assurant la sécurité énergétique à l’échelle nationale et l’acceptation sociale des investissements nécessaires.

 

4. Risques de spéculation et de perte de souveraineté

17/08/2026 . Le prix spot de l’électricité en France, contractualisé
la veille pour livraison le lendemain, continue de grimper.
De 97 €/MWh au début du mois, la semaine dernière
il a oscillé entre 115 et 145 €/MWh en moyenne,
avec des  pointes à 185 €/MWh le soir.
 
La souveraineté énergétique ne peut être agitée quand on parle de nucléaire, puisqu'au même titre que les énergies fossiles, l'uranium est importé. 
Le seul gisement disponible est constitué des déchets des centrales actuelles qui pourrait alimenter des centrales de 4ième génération dont le gouvernement a arrêté le développement expérimental.

La perte de souveraineté et les dérives spéculatives ne concernent pas uniquement l’éolien mais aussi le photovoltaïque. Sur le terrain, on observe aussi des abus dans l’implantation de projets  (création de hangars à des fins uniquement de production énergétique ou de fermes PV consommatrices de foncier agricole dans un contexte de baisse des rendements en raison du dérèglement climatique). Ces projets, déconnectés des besoins locaux souvent pilotés par des acteurs extérieurs ou motivés par la seule rentabilité financière, peuvent entraîner une perte de valeur ajoutée locale, une artificialisation des sols. à replacer dans un contexte général de souveraineté globale la plus importante possible, donc certes énergétique, mais aussi alimentaire, industrielle, etc...

Et pour finir, les choix énergétiques sont également intimement liés à l'eau, et particulièrement celle de la Garonne par exemple pour Golfech.

Dès lors le projet d’ajout de 2 EPR aggraverait mécaniquement la consommation d’eau et les risques de dépassement des seuils thermiques.  Ces exacerbations des tensions sur l’eau, surtout dans un contexte de réchauffement climatique seront cruciales à prendre en compte pour l’équilibre entre production énergétique et préservation de la Garonne.

Les choix de solution à envisager comme :

1- Des technologies de refroidissement révolutionnaires (sans eau ou à très faible consommation) sont déployées d’ici 2030 (peu probable à court terme).

2-     Les règles environnementales sont assouplies (au risque de dégradation écologique).

3-     Ou, solution  que nous appelons de nos vœux, la région programme la complémentarité entre  une réduction de sa production nucléaire et le recours aux  sources renouvelables photovoltaïques et éoliennes.

L’enjeu central reste la maîtrise territoriale et citoyenne des choix énergétiques, pour garantir une transition juste, efficace et durable.

 5. Limites du recours à la biomasse et aux carburants alternatifs

Il est essentiel d’intégrer le bilan carbone complet des filières biomasse, biogaz, biocarburants et e-fuels. Leur combustion génère du CO₂, ce qui n’est acceptable que si ce CO₂ est capté à la source. La « bio-mobilité » et l’utilisation de l’hydrogène pour produire des e-fuels à partir de CO₂ captif doivent être remises en cause si elles ne garantissent pas une réelle neutralité carbone.

La neutralité carbone prétend équilibrer les émissions de CO₂ avec son absorption, mais elle n'exclut pas automatiquement la réémission du CO₂ précédemment capté

Cela demande une clarification importante :

5-1. Neutralité carbone ≠ Zéro émission

La neutralité carbone signifie que les émissions résiduelles (celles qu'on ne peut éviter) sont compensées par des mécanismes de capture ou de stockage de CO₂ (ex. : forêts, technologies de capture et stockage du carbone, ou CCUS).

Mais : Si le CO₂ capté est réémis (par exemple, par la combustion de biomasse ou la libération de carbone stocké), cela annule partiellement ou totalement la compensation.

5-2. Le piège de la "comptabilité carbone"

Certains systèmes comptabilisent la capture et la réémission comme neutres si elles s'équilibrent sur un cycle (ex. : bioénergie avec capture et stockage du carbone, BECCS).

Problème :

    • Si le CO₂ capté est réémis sans être recapturé, la neutralité n'est plus respectée.
    • Exemple : Brûler du bois (qui a absorbé du CO₂ en poussant) et capturer les émissions ne suffit pas si le CO₂ est ensuite libéré (ex. : par la décomposition du bois ou des fuites de stockage).

 6. Défis de la transition énergétique – Explication simplifiée

Pour rendre ces enjeux accessibles à tous, voici une version simplifiée des défis de la transition énergétique, enrichie par l’approche coopérative :

  • Assurer l’indépendance énergétique : Produire localement l’énergie pour ne pas dépendre d’autres pays.
  • Choisir les bonnes sources d’énergie : Trouver le bon équilibre entre nucléaire, ENR et autres solutions, en fonction des besoins et du potentiel de chaque territoire.
  • Protéger l’environnement : Réduire les émissions de gaz à effet de serre et privilégier les solutions contribuant à diminuer l’impact carbone.
  • Sous l’expertise des syndicats d’énergie, garantir la sécurité et la stabilité de l’approvisionnement : Dans le prolongement de leur mission historique d’électrification du territoire, assurer une électricité disponible à tout moment, grâce à des moyens de production fiables et des solutions de stockage.
  • Impliquer les citoyens et les territoires : Favoriser la participation des habitants et des collectivités dans la gouvernance et la gestion des projets énergétiques.

 « La transition énergétique, ce n’est pas seulement une affaire d’État ou de grandes entreprises. C’est aussi une aventure collective, où chaque territoire et chaque citoyen peut devenir acteur de sa propre autonomie énergétique. En développant des projets locaux, coopératifs et adaptés aux besoins réels, on construit une transition plus juste, plus efficace et plus durable, tout en garantissant un impact positif sur l’environnement et la société. »

 7. Solutions innovantes pour la souveraineté énergétique

Pour renforcer la souveraineté énergétique, plusieurs pistes innovantes sont à explorer :

  • Développement de technologies de stockage et de réseaux intelligents.
  • Valorisation des ressources locales (géothermie, biométhane, solaire, éolien).
  • Coopération européenne et interconnexions transfrontalières.
  • Création de coopératives et de communautés énergétiques locales. 

Conclusion

La transition énergétique française ne peut se résumer à une opposition entre nucléaire et renouvelables, ni à une centralisation des choix. Elle doit s’appuyer sur la complémentarité des sources, l’ancrage territorial, la responsabilité environnementale et l’innovation. En impliquant les citoyens et en valorisant les ressources locales, il est possible de construire une transition énergétique plus juste, plus efficace et plus durable, au service de la souveraineté nationale et des territoires. 

Jean-Claude LE MAIRE , Président de la Communauté d’Energies Renouvelables : 

Energies CoopérActives


lundi 10 août 2026

L'Autoconsommation chez nos voisins espagnols

                 









Interview de José DONOSO

Directeur général de l'Union Photovoltaïque Espagnole (UNEF)


« L'intérêt pour l'autoconsommation est en perte à cause de cette perception de prix bas »

Encore un an, une édition de plus, de ce rapport tant attendu qui analyse les chiffres du secteur photovoltaïque. Pour commencer, qu'est-ce que vous mettriez en avant dans cette édition ?

La première conclusion que nous tirons du rapport 2024 de cette année est qu'il y a eu une stabilisation du secteur. Ce qui est vraiment intéressant pour nous, c'est la génération du PIB au niveau national où l'on observe une baisse de 0,17 %, mais statistiquement ce n'est pas significatif et signifie que le secteur s'est stabilisé, que le secteur s'est stabilisé. Et on le voit dans toutes les variables, comme la création d'emplois, qui est pratiquement la même que l'année précédente.

De nombreuses circonstances mettent ce secteur « en échec ». Décharges dans la grille, heures zéro et négatif, grilles stressées ou effondrées... comment tout cela affecte-t-il le secteur ? Le photovoltaïque est-il la solution ?

En effet, cette situation génère de l'incertitude dans le secteur et engendre des difficultés pour obtenir un financement. Nous sommes à un carrefour, dans une année très importante où des décisions importantes doivent être prises. Il y a quelques semaines, nous avons appris la planification des réseaux jusqu'en 2030 et nous connaissons les données des points de connexion déjà accordés. Au total, cela représente 75 GW, c'est-à-dire qu'il y aura une demande très importante car la demande moyenne actuelle est de 25 GW. Évidemment, tous ces 75 GW ne vont pas se concrétiser, nous ne savons pas combien, mais si seulement une partie de ces 75 GW se matérialisait, nous doublerions presque la demande.

Nous nous retrouvons donc dans une situation quelque peu complexe et délicate. Nous avons toujours de l'électricité coûteuse. La moyenne totale du marché continue de se déplacer autour de 68 ou 69 euros par mégawattheure. Et pourtant, notre technologie capte des prix bien plus bas, en moyenne de l'ordre de 30 euros, mais avec des moments où un prix de 0, 10, 15 est capturé, même dans certains moments négatifs.

Si tout cet intérêt pour ces 75 GW de nouvelles énergies veut venir en Espagne, c'est parce que nous avons de l'électricité bon marché et qu'ils considèrent que nous avons un avantage concurrentiel dans cette technologie. Mais nous nous retrouvons confrontés à un dysfonctionnement, à savoir que nous avons un système de tarification marginaliste avec une technologie sans coûts marginaux. Nous devons donc chercher des solutions de transition jusqu'à ce que cette demande arrive et se matérialise. Parce que sinon, quand cette demande arrivera, si nous n'avons pas l'offre préparée, l'énergie sera plus chère, ou elle ne se matérialisera pas, ou ne sera pas rentable pour ces entreprises. Il est très important que le ministère accélère les appels d'offres à la demande le plus rapidement possible afin qu'ils puissent se matérialiser, afin que nous puissions voir ce qui est réel et entrer sur le marché pour cette demande. En conclusion, nous devons rechercher une solution de transition qui garantit le prix le plus bas possible pour les citoyens et les entreprises, tout en garantissant la rentabilité des investissements réalisés. 

Quelle est la solution pour réduire les prix zéro ?

 L'une est d'accélérer la demande. Si vous augmentez la demande, les prix augmentent. De plus, l'industrie serait générée pour notre pays, ainsi que la richesse et l'emploi dans d'autres secteurs. Deuxièmement, le stockage. Si pendant ces heures zéro, vous stockez l'énergie, la retirez du marché, vous allez placer l'énergie dans ces heures très chères, au coucher du soleil, et vous allez baisser le prix à cet endroit. Et l'usine va voir sa rentabilité augmenter. Ce sont deux des moteurs qui peuvent éliminer ces zéro heures. De plus, il est important de rechercher des solutions réglementaires qui permettent une transition dans ce système insuffisante pour la tarification tant que la demande n'est pas réalisée.