Introduction
La transition énergétique en France suscite de
nombreux débats, souvent polarisés entre défenseurs du nucléaire et partisans
des énergies renouvelables (ENR). À travers l’analyse du sommaire du provocateur
numéro 29 de « Transitions & Énergies » et notre approche d’Énergies
Coopéractives, par cet article nous proposons une synthèse critique et
constructive, intégrant les enjeux de souveraineté, les risques de spéculation,
la complémentarité des solutions et la place des territoires.
1. Souveraineté énergétique et débat sur le
nucléaire
Face à cette vision centralisée, l’approche
d’Énergies Coopéractives défend la complémentarité entre nucléaire et ENR. Le
nucléaire reste un atout pour la production de puissance industrielle et la
stabilité du réseau, mais les ENR, portées par des dynamiques citoyennes et
territoriales, sont essentielles pour couvrir les besoins domestiques et
renforcer l’autonomie locale. Chaque territoire dispose d’un potentiel
énergétique propre (solaire, éolien, biomasse, etc.) qu’il convient de
valoriser. Cette approche favorise l’implication des acteurs locaux, la
création de valeur ajoutée sur place et une gouvernance démocratique de
l’énergie.
Dans la perspective de l’électrification des
usages et de leur prise en compte dans la tarification du service
d’alimentation électrique, la transition
énergétique doit répondre à deux types de besoins :
- Production
domestique (vivrière) : Largement couverte par les ENR et
gérée localement, elle vise à satisfaire les besoins quotidiens des
habitants en complément des productions « historiques »
hydrauliques et nucléaires en protégeant la tarification de la spéculation du marché. Optimiser l’autoconsommation concours au
bénéfique « effacement » pour l’équilibre du réseau.
- Production de puissance industrielle : Centralisée et pilotable grâce aux centrales hydrauliques et nucléaires, elle garantit la sécurité d’approvisionnement pour les usages industriels et la stabilité du réseau. Les appels aux fortes puissances et le coût du renforcement des lignes engendré y sera affecté.
Cette
distinction permet d’optimiser les ressources locales tout en assurant la
sécurité énergétique à l’échelle nationale et l’acceptation sociale des
investissements nécessaires.
4. Risques de spéculation et de perte de
souveraineté
La perte de souveraineté et les dérives
spéculatives ne concernent pas uniquement l’éolien mais aussi le photovoltaïque. Sur
le terrain, on observe aussi des abus dans l’implantation de projets (création de hangars à des fins uniquement de
production énergétique ou de fermes PV consommatrices de foncier agricole dans
un contexte de baisse des rendements en raison du dérèglement climatique). Ces
projets, déconnectés des besoins locaux souvent pilotés par des acteurs
extérieurs ou motivés par la seule rentabilité financière, peuvent entraîner
une perte de valeur ajoutée locale, une artificialisation des sols. à replacer
dans un contexte général de souveraineté globale la plus importante possible,
donc certes énergétique, mais aussi alimentaire, industrielle, etc...
Et pour finir, les choix énergétiques sont
également intimement liés à l'eau, et particulièrement celle de la Garonne par
exemple pour Golfech.
Dès lors le projet d’ajout de 2 EPR aggraverait
mécaniquement la consommation d’eau et les risques de dépassement des seuils
thermiques. Ces exacerbations des tensions sur l’eau, surtout dans
un contexte de réchauffement climatique seront cruciales à prendre en compte
pour l’équilibre entre production énergétique et préservation de la Garonne.
Les choix de solution à envisager comme :
1- Des technologies de refroidissement
révolutionnaires (sans eau ou à très faible consommation) sont
déployées d’ici 2030 (peu probable à court terme).
2-
Les règles environnementales sont assouplies
(au risque de dégradation écologique).
3- Ou, solution que nous appelons de nos vœux, la région programme la complémentarité entre une réduction de sa production nucléaire et le recours aux sources renouvelables photovoltaïques et éoliennes.
L’enjeu central reste la maîtrise territoriale et
citoyenne des choix énergétiques, pour garantir une transition juste, efficace
et durable.
Il est essentiel d’intégrer le bilan carbone
complet des filières biomasse, biogaz, biocarburants et e-fuels. Leur
combustion génère du CO₂, ce qui n’est acceptable que si ce CO₂ est capté à la
source. La « bio-mobilité » et l’utilisation de l’hydrogène pour produire des
e-fuels à partir de CO₂ captif doivent être remises en cause si elles ne
garantissent pas une réelle neutralité carbone.
La neutralité carbone prétend équilibrer les émissions de CO₂ avec son absorption, mais elle n'exclut pas automatiquement la réémission du CO₂ précédemment capté.
Cela demande une clarification importante :
5-1. Neutralité carbone ≠ Zéro émission
La neutralité carbone signifie que les émissions résiduelles (celles qu'on ne peut éviter) sont compensées par des mécanismes de capture ou de stockage de CO₂ (ex. : forêts, technologies de capture et stockage du carbone, ou CCUS).
Mais : Si le CO₂ capté est réémis (par exemple, par la combustion de biomasse ou la libération de carbone stocké), cela annule partiellement ou totalement la compensation.
5-2. Le piège de la "comptabilité carbone"
Certains systèmes comptabilisent la capture et la réémission comme neutres si elles s'équilibrent sur un cycle (ex. : bioénergie avec capture et stockage du carbone, BECCS).
Problème :
- Si le CO₂ capté est réémis sans être recapturé, la neutralité n'est plus respectée.
- Exemple : Brûler du bois (qui a absorbé du CO₂ en poussant) et capturer les émissions ne suffit pas si le CO₂ est ensuite libéré (ex. : par la décomposition du bois ou des fuites de stockage).
Pour rendre ces enjeux accessibles à tous, voici
une version simplifiée des défis de la transition énergétique, enrichie par
l’approche coopérative :
- Assurer
l’indépendance énergétique : Produire localement l’énergie pour
ne pas dépendre d’autres pays.
- Choisir
les bonnes sources d’énergie : Trouver le bon équilibre entre
nucléaire, ENR et autres solutions, en fonction des besoins et du
potentiel de chaque territoire.
- Protéger
l’environnement : Réduire les émissions de gaz à effet
de serre et privilégier les solutions contribuant à diminuer l’impact
carbone.
- Sous
l’expertise des syndicats d’énergie, garantir la sécurité et la stabilité
de l’approvisionnement : Dans le prolongement de leur mission
historique d’électrification du territoire, assurer une électricité
disponible à tout moment, grâce à des moyens de production fiables et des
solutions de stockage.
- Impliquer
les citoyens et les territoires : Favoriser la participation des
habitants et des collectivités dans la gouvernance et la gestion des
projets énergétiques.
Pour renforcer la souveraineté énergétique,
plusieurs pistes innovantes sont à explorer :
- Développement
de technologies de stockage et de réseaux intelligents.
- Valorisation
des ressources locales (géothermie, biométhane, solaire, éolien).
- Coopération
européenne et interconnexions transfrontalières.
- Création de coopératives et de communautés énergétiques locales.
Conclusion
La transition énergétique française ne peut se résumer à une opposition entre nucléaire et renouvelables, ni à une centralisation des choix. Elle doit s’appuyer sur la complémentarité des sources, l’ancrage territorial, la responsabilité environnementale et l’innovation. En impliquant les citoyens et en valorisant les ressources locales, il est possible de construire une transition énergétique plus juste, plus efficace et plus durable, au service de la souveraineté nationale et des territoires.
Jean-Claude LE MAIRE , Président de la Communauté d’Energies Renouvelables :
Energies CoopérActives
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire